Les Mathématiques Technologie clé !

C’est le titre bien provocateur de cette première et inaugurale « matinale de l’innovation » qui a eu lieu ce 30 janvier au MEDEF. Et pourtant près de 300 inscrits professionnels et grand public ont répondu présents, le grand amphi rue Bosquet presque plein !

Cedric-Villani

Nous étions partis d’un constat :

  • La performance et la productivité de secteurs aussi variés que l’informatique, les transports, l’agriculture, la biologie, la recherche pétrolière, l’ingénierie des systèmes complexes reposent tous sur la performance d’outils mathématiques, sur la capacité de modélisation mathématique et de calcul de ces modèles. A ce constat technique et intuitif se rajoute se rajoute l’étude économique Deloitte en UK qui montre que près de 10% du PIB est relié directement ou indirectement à des activités mathématiques.
  • Le monde économique et technique n’a jamais eu autant besoin de mathématiques et de mathématiciens.
  • La France a des atouts maîtres dans ce domaine, avec une densité de mathématiciens de haut vol (Médailles Fields et autres formations) exceptionnelle.

Et nous entendons d’un autre coté des commentaires et des résultats inquiétants :

  • Une image très négative dans les esprits et les médias :
    • Les mathématiques favorisent la sélection
    • Les mathématiques c’est compliqué, je n’y comprends rien
    • Les mathématiques c’est abstrait, ce n’est pas pour l’entreprise
    • etc
  • Réduction des heures en mathématiques dans l’enseignement secondaire
  • Un niveau PISA en berne pour la France, qui se situe très loin des 3 premiers, et dont l’écart aux premiers est inquiétant : Chine-Shanghai 613 points, France 495, Colombie 376.

Le système français fait-il marche arrière sur un de ses points forts ? Devons nous être inquiets pour l’avenir ? Peut-on encore, et si oui comment développer cet avantage compétitif pour la France ?

Les présentations, très résumées ci-dessous ont présenté les points suivants :

  • Pierre Gattaz, président du MEDEF et de Radiall, a resitué la colloque dans le contexte de la dynamique économique et de l’emploi : il faut utiliser les mathématiques car elles sont cruciales pour la croissance et l’emploi.
  • Alain Bravo, Vice président de l’Académie des Technologies, considère les mathématiques comme une compétence clé sur laquelle viennent s’appuyer l’ensemble des techniques.
  • Gabriel Gross, président de Meteoprotect, nous a expliqué l’intérêt des mathématiques pour ajuster la production des entreprises en fonction des données statistiques et en particulier de la météo: par exemple les volumes de gaz consommés pour le chauffage sont directement en phase avec le niveau de la température.,
  • Corine Mestais, directrice de recherche au CEA – Grenoble nous présente le projet « Brain computer interface » développé au sein du groupe Clinatec. Une équipe de médecins, technologues, ingénieurs, mathématiciens mène des recherches et des expériences pour comprendre comment l’intention d’une personne peut se traduire en influx nerveux qui commandent ses mouvements. Il s’agit, par des mesures de signaux d’activités de certaines parties du cerveau, d’imaginer les mouvements souhaités et, par des modélisations mathématiques et algorithmes, de les traduire en activités motrices exécutées par des prothèses qui équipent les patients.
  • Stéphane Cordier, agrégé et docteur en mathématiques, directeur de l’Agence pour les Mathématiques en Interaction avec l’Entreprise et la Société (AMIES), nous parle de la place du mathématicien dans une entreprise. Les mathématiciens ne sont pas toujours visibles dans les entreprises, mais y sont très présents et reconnus comme facteurs de croissance. Ils sont, en fait, l’oxygène du monde digital car vitaux pour faire vivre les technologies du numérique. Il convient de changer l’image du docteur en mathématiques dans l’entreprise, faire savoir qu’on peut tirer de gros profits de sa compétence et surtout qu’il n’est pas seulement confiné au monde de la Recherche. On compte environ 12000 titulaires d’un doctorat en mathématiques en France, avec seulement 20% de femmes, et 4000  chercheurs dans le secteur académique. Notre pays n’a pas de territoires déserts en docteurs en mathématiques et produit environ 500 docteurs en mathématiques chaque année dont un tiers part à l’étranger, mais ce tiers est compensé par un autre tiers qui vient de l’étranger. Avec le nombre de médailles Fields décernées à des Français (dont celle de Cédric Villani en 2010), l’Ecole Mathématique de France est reconnue dans le monde entier pour son niveau d’excellence. Au Congrès International des Mathématiciens, qui s’est tenu à Séoul en août 2014, où sont décernés les médailles Fields aux mathématiciens, jugés les plus brillants et de moins de quarante ans, 20% des lauréats étaient français.
  • Cédric Villani, médaille Fields 2010, professeur à l’Université Lyon 1 et directeur de l’Institut Henri Poincaré monte en scène pour répondre à la question : « La mathématique, ça sert à quoi ? Quelle est son éthique ?». Pour Cédric Villani, les mathématiques sont un sujet d’avenir et c’est le plus beau métier du monde. Il faudrait que l’Etat pratique une incitation fiscale en faveur des entreprises qui embauchent des mathématiciens. Les mathématiques sont un enjeu stratégique dans le secteur privé, mais il ne faut surtout pas que les labos où se retrouvent les mathématiciens fassent l’objet de mesures de sécurité trop draconiennes! Ce qu’on ne fait pas en France aujourd’hui, d’autres le feront à l’étranger, ce qui mettrait en péril notre industrie nationale. Beaucoup de métiers en rapport avec les mathématiques n’existent pas encore aujourd’hui. Pour un décideur, la question de confiance pour embaucher un mathématicien est primordiale. Les contacts entre industriels et mathématiciens doivent être plus fréquents et plus étroits. Ils augmentent légèrement aujourd’hui mais il faut développer les rencontres telles que cette matinale de l’innovation

Claudie-Haignere

  • Claudie Haigneré, présidente d’Universcience, rapprochement entre le Palais de la découverte et la Cité des sciences et de l’industrie, a été ministre déléguée à la Recherche et aux Nouvelles technologies, puis ministre déléguée aux Affaires européennes, nous a apporté sa vision du monde de la science et des technologies. Le sujet de la connaissance du numérique est aussi important que le problème de l’illettrisme. Les mathématiques doivent impérativement intégrer une culture qui doit être partagée par tous . L’enseignement compte 80% de terminales littéraires et les postes ouverts aux CAPES en mathématiques sont plus nombreux que le nombre de candidats à ces postes. Il est urgent de former plus de docteurs en Mathématiques et de compléter ce potentiel par plus de femmes. Au lycée, les filles obtiennent en moyenne de meilleurs résultats que les garçons mais trop peu s’orientent ensuite vers des filières scientifiques. Dans les universités, on ne compte que 13% de femmes dans les matières scientifiques. donner le goût des mathématiques aux enfants est une question qui ne doit pas être entreprise que dans les collèges et les lycées. C’est un problème culturel où les parents ont un rôle à jouer. Les journalistes qui semblent trop souvent fâchés avec les sciences devraient s’impliquer d’avantage. Nos écoles d’ingénieurs sont enviées dans le monde, les filières universitaires sont d’excellence dans les mathématiques, nous avons une capacité unique et Universcience participe à son développement
  • Gabrielle Gauthey, présidente de la commission Recherche et Innovation du Medef conclut la matinée en insistant sur l’équation :

Mathématiques = croissance de l’économie + emplois

60% des décideurs du secteur privé pensent que les mathématiques sont un important facteur de croissance. Il faut décloisonner le monde des chercheurs et celui des ingénieurs pour lever les freins à l’innovation. Il faut concilier l’être humain et les mathématiques pour susciter plus de vocations et faire que cette discipline ne soit plus réservée à une petite élite d’excellence

La matinale n’a pas permis de trancher le débat sémantique entre technologie et compétence clé, mais l’ensemble des intervenants s’est unanimement manifesté pour rappeler l’importance cruciale des mathématiques pour l’économie et l’emploi, et chacun a proposé des améliorations en fonction de son expérience.

Cette journée sera synthétisée plus avant sur le site du MEDEF, avec les slides et le verbatim des interventions (cf le site  http://www.innover-en-france.com/).

Cette première matinale a permis d’établir des contacts utiles entre le MEDEF et les organisations de mathématiciens, et sera suivie d’un programme d’actions.

En définitive, les mathématiques ce n’est pas qu’une science ni qu’un outil de sélection : c’est un avantage compétitif de la France, pour les entreprises, pour l’emploi et le développement économique. La France doit mener une action groupée de tous les acteurs pour développer et exploiter son point fort.

Et puis personnellement, ce fut une belle expérience que d’organiser cette matinale avec l’équipe du MEDEF (Patrick Schmitt pour son formidable travail) et de l’animer !

Laurent Gouzènes

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